L’été 2026 restera comme un signal d’alarme pour l’agriculture française : près de 80 % du territoire touché par une sécheresse intense, des rendements en chute, des éleveurs privés de fourrage. Face à ce constat, une conviction s’impose : notre modèle agricole doit se transformer pour s’adapter, et cette transformation a déjà commencé. C’est tout l’objet de, la première publication de l’Observatoire de l’agriculture régénératrice, le Cap Du bon sens”. L’Observatoire, créé par 2050NOW en partenariat avec BCG et Quantis, réunit 31 acteurs engagés de toute la filière agricole française pour identifier, décrypter et valoriser les initiatives qui transforment concrètement notre modèle agricole.
Dans cette publication, plus de 40 scientifiques et experts y prennent la parole pour participer au récit de la réussite agroécologique : une voix commune pour porter l’agriculture régénératrice comme le nouveau standard.
« Le cap du bon sens », est à consulter gratuitement en ligne.
L’été 2026, révélateur d’un modèle agricole à bout de souffle
Sécheresse historique, vagues de chaleur, incendies : la saison écoulée a durement éprouvé les campagnes françaises. L’été 2026 est le plus chaud jamais mesuré dans le pays, avec un déficit pluviométrique de 40 % en moyenne et, à la mi-août, 77 % du territoire touché par une sécheresse des sols d’une intensité observée moins d’une fois tous les 25 ans (Météo-France). Les rendements du blé ont reculé de près de 5 quintaux par hectare (Agreste), la récolte de maïs a chuté de 30 à 45 % selon les estimations successives (AGPM), tandis que les fruits et légumes frais accusaient des pertes autour de 25 % selon la filière, sous l’effet conjugué du stress hydrique et thermique.
Pour la communauté scientifique, cette crise n’a rien d’une surprise. Le réchauffement mondial atteignait déjà +1,6 °C en 2024, et la France se dirige vers +2,7 °C en 2050 selon la trajectoire de référence TRACC, jusqu’à +4 °C à la fin du siècle. Plus largement, sept des neuf limites planétaires définies par le Stockholm Resilience Centre sont désormais franchies. Or l’agriculture se trouve au cœur de ces équilibres : elle représente 19 % des émissions de gaz à effet de serre en France et environ 22 % au niveau mondial, près d’un quart si l’on intègre l’ensemble de la chaîne alimentaire.
Mais cette réalité n’est qu’une partie de l’histoire, car l’agriculture possède une capacité unique : celle de restaurer les sols, de favoriser la biodiversité et de stocker durablement du carbone. Selon les pratiques mises en œuvre, elle peut émettre du carbone ou en capter, dégrader le vivant ou le régénérer. À cette équation écologique s’ajoute une fragilité économique et humaine : la France compte 349 600 exploitations agricoles et 43 % des chefs d’exploitation ont plus de 55 ans. La souveraineté alimentaire n’est donc pas une abstraction : c’est la capacité du pays à nourrir durablement sa population qui se joue dans cette décennie.
Le constat est posé. Il n’appelle ni sidération ni fatalisme, mais un changement de cap.
L’agriculture régénératrice : le choix des résultats mesurables
C’est précisément la raison d’être de la publication : montrer que les solutions existent, qu’il est possible de changer de modèle, en donnant à voir les initiatives qui ouvrent la voie vers l’agriculture régénératrice. Encore faut-il s’entendre sur les mots.
« Liée aux principes de l’agroécologie, l’agriculture régénératrice est une approche agricole holistique et fondée sur les résultats, qui assure la production agricole tout en ayant des impacts nets positifs mesurables, au niveau des fermes comme des paysages, sur la santé des sols, la biodiversité, le climat, les ressources en eau et les revenus agricoles ». Cette définition, portée par OP2B (One Planet Business for Biodiversity) et Quantis à l’issue d’un travail collectif mobilisant plus de 1 100 entreprises, des ONG et des experts, tranche avec les usages flous du terme.
La caractéristique majeure qui distingue l’agriculture régénératrice d’autres approches, comme l’agriculture biologique ou l’agriculture de conservation, est qu’elle est fondée sur les résultats et non uniquement sur les moyens ou les pratiques. Huit indicateurs d’impact interconnectés permettent de piloter la transition : carbone séquestré dans les sols et la biomasse, prélèvements d’eau, capacité de rétention en eau des sols, risque lié aux pesticides, efficacité de l’utilisation de l’azote, revenu des agriculteurs, habitats naturels dans les paysages, diversification des cultures. Des outils comme l’Indice de Régénération, développé par Pour une Agriculture du Vivant (PADV), en assurent la traduction opérationnelle sur le terrain.
Mesurer pour piloter, prouver pour convaincre.
Le coût de l’inaction et la valeur de l’action
Pour un lectorat économique, l’argument décisif tient en quelques chiffres. Selon la FAO, le système agroalimentaire mondial actuel génère 12 000 milliards de dollars de coûts cachés par an pour la santé, l’environnement et la société. En Europe, l’inaction face au changement climatique et à la dégradation des sols entraîne une perte de rendement annuelle de 6 %, soit 28,3 milliards d’euros (Commission européenne et BEI, mai 2025). Et sans changement de cap, les pertes de récoltes pourraient atteindre 42 à 66 % d’ici 2050 en France.
À l’inverse, l’action paie. Après une phase de transition de trois à cinq ans, le retour sur investissement d’une conversion régénératrice est estimé entre 15 et 25 % sur dix ans à l’échelle de la ferme (OP2B et BCG, 2023). Au niveau mondial, la Food and Land Use Coalition évalue les bénéfices macroéconomiques annuels de la transition à 1 000 milliards d’euros d’ici 2030, avec plus de 120 millions d’emplois ruraux à la clé.
« La transition vers un système agricole résilient n’est plus une option : c’est une nécessité stratégique pour la souveraineté et la stabilité économique de l’Europe » Stefania Avanzini, Directrice d’OP2B
Les agriculteurs, eux, sont prêts : selon la grande consultation du Shift Project, près de 80 % d’entre eux se déclarent disposés à faire évoluer leurs pratiques. Mais ils ne peuvent pas porter seuls le coût de la transformation.
Un Observatoire, 31 acteurs, tourné vers l’action
Personne ne transformera seul le modèle agricole. Réunir les parties prenantes, les acteurs engagés des filières agricoles et agroalimentaires, pour rassembler les initiatives, les décrypter et faciliter un changement d’échelle : voilà pourquoi 2050NOW La Maison, initiative du groupe Les Echos-Le Parisien, a créé l’Observatoire de l’agriculture régénératrice avec BCG et Quantis.
L’Observatoire réunit 31 acteurs engagés de toutes les filières agricoles françaises.
Dans « Le cap du bon sens », plus de 40 scientifiques et experts prennent la parole : la spécialiste des sols Claire Chenu (INRAE), le biologiste Marc-André Selosse (Muséum national d’Histoire naturelle), le sociologue Bertrand Hervieu, Pierre-Marie Aubert (IDDRI) ou encore l’ancien ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll. La publication met aussi en lumière ceux qui font : agriculteurs pionniers, coopératives, industriels, distributeurs, assureurs, financeurs, organismes de formation, associations, etc.
L’Observatoire décrypte les initiatives qui transforment concrètement le modèle agricole et récompense les plus porteuses de transformation, dans cinq catégories qui sont autant de leviers d’action : les coalitions de filières, les initiatives des industriels et distributeurs, les solutions de financement, les solutions de formation et d’accompagnement terrain, et les innovations techniques et technologiques.
Envie de découvrir ces initiatives en détail ? Consultez « Le cap du bon sens » en ligne.
L’agriculture de 2050 se joue maintenant
L’été 2026 a montré le coût du statu quo ; « Le cap du bon sens » montre, preuves à l’appui, qu’une autre trajectoire est possible, réconciliant production agricole, performance économique et régénération du vivant. L’agriculture régénératrice n’est pas une utopie de plus : c’est un cap collectif, mesurable, déjà emprunté par des pionniers de toutes les filières. Reste à massifier le mouvement, et cela commence par le partage et les preuves.