Pragmatique, impatiente, une nouvelle génération fait de l’entreprise son terrain d’engagement. Qu’ils œuvrent dans la finance verte, le spatial ou la tech, ils partagent une conviction : le changement se bâtit aussi de l’intérieur. En amont de l’événement NEXTGEN, qui réunit 300 jeunes et 100 dirigeants le 18 novembre, trois ambassadeurs de ce mouvement confient leurs visions et leurs attentes : Malena Reali, Samuel Mamou et Edilène Gauthé. 

Ce n’est plus une génération en quête de sens, mais une génération prête à en donner ! Au sein des entreprises, des associations ou des écosystèmes d’innovation, de jeunes professionnels inventent une nouvelle manière de s’engager : concrète, collective, exigeante. L’entreprise, pour eux, devient un espace où il est possible d’agir, d’expérimenter, de peser sur les transformations économiques et sociales. 
 
D’où leur vient cette conviction ? Comment exercent-ils leur engagement au quotidien ? Qu’attendent-ils des entreprises pour aller plus loin ? Rencontre avec Malena Reali, Samuel Mamou et Édilène Gauthé, trois « ambassadeurs » de cette jeunesse engagée à retrouver à l’événement NEXTGEN, le 18 novembre. 

Une jeunesse engagée leader du changement 

Selon une étude OpinionWay 2050NOW La Maison, 71 % des jeunes pensent pouvoir contribuer à un changement positif en travaillant dans une grande entreprise. Pourtant, 67 % peinent à trouver des organisations alignées avec leurs valeurs, nourrissant ainsi de nouvelles formes d’engagement.

Diplômée de Sciences Po et d’HEC, Malena Reali, 26 ans, a exploré la communication et la finance publique avant de rejoindre Tevali Partners, société de conseil financier. « Ma génération a grandi avec la conscience écologique. Ce n’était pas seulement un engagement environnemental, mais aussi social : les premiers touchés par le dérèglement climatique sont souvent les plus fragiles. » 

Pour elle, la finance permet d’agir concrètement : « La finance est l’huile dans les rouages : elle permet de rendre possibles des projets industriels réels – éoliens, solaires, hydroélectriques, de stockage – et donc d’avancer vers la décarbonation. » 

En 2024, elle cofonde et préside l’Energy Transition Youth Club, aujourd’hui la plus grande communauté de jeunes professionnels de la transition énergétique. « Le secteur regorge d’événements, souvent réservés aux seniors. Il manquait un lieu pour les jeunes : un espace pour créer du lien, construire un réseau, faire émerger des idées communes. » 

ETYC rassemble désormais plus de 1 000 membres et 1 300 participants à ses événements à Paris, Marseille et Montpellier. « Notre ambition, c’est de créer un effet générationnel : que les jeunes partagent une vision commune de la transition et fassent émerger de nouveaux projets. » Elle insiste : « Quand le modèle économique d’une entreprise est vertueux, les politiques de RSE (Responsabilité sociétale des entreprises, NDLR) deviennent presque accessoires. » Ainsi, l’enjeu est de rendre la durabilité structurelle, au cœur du business model. 

Avec ETYC, Malena Reali organise des petits-déjeuners mentorat : « Les seniors sont heureux de transmettre, les jeunes posent des questions : c’est une conversation, pas une leçon. » 

Quand la technologie devient un levier d’impact 

Samuel Mamou, 27 ans, a lui trouvé son terrain d’engagement dans l’innovation. Ingénieur de formation, il est passé par l’ambassade de France à Washington, délégué aux affaires spatiales entre 2021 et 2023. Aujourd’hui, il dirige l’Alliance NewSpace France, qui représente la nouvelle génération d’entreprises du spatial. Une alliance qui, à ses yeux, marque une véritable révolution industrielle, portée par une génération d’acteurs décidés à faire autrement – avec plus d’agilité, de rapidité et une conscience environnementale accrue. 

Ces acteurs développent des technologies spatiales pour des usages civils : observation de la terre, agriculture de précision, prévention des incendies, ou encore détection des fuites d’eau dans les canalisations enterrées . Selon lui : « La donnée spatiale devient un outil concret pour réduire l’empreinte environnementale. L’enjeu, c’est de démocratiser ces usages et de les rendre accessibles à tous les secteurs. » 

Samuel Mamou défend une alliance entre innovation technologique et conscience environnementale. Le spatial, historiquement domaine d’excellence technique, doit devenir, selon lui, un levier de transition écologique. Pour y parvenir, la coopération intergénérationnelle est cruciale. En effet : « Dans beaucoup de start-up, des jeunes fondateurs s’associent à des profils expérimentés : l’un apporte l’énergie, l’autre la maîtrise technique. Cette hybridation des générations fait avancer la filière. » 

« Changer les choses sans attendre » 

À 28 ans, Edilène Gauthé incarne un autre visage de cette jeunesse engagée : celui d’une ingénieure qui, au sein d’un grand groupe, investit son énergie dans la technologie comme l’action collective. Chez L’Oréal, où elle est product manager, elle conçoit des outils numériques internes pour simplifier le quotidien des collaborateurs. 

Chaque projet technologique qu’elle pilote s’accompagne d’une réflexion sur la durabilité, l’efficacité et l’amélioration du quotidien des collaborateurs. Mais son engagement ne s’arrête pas aux portes de l’entreprise. Edilène Gauthé est aussi curatrice du hub parisien de Global Shapers, une communauté créée par le Forum économique mondial pour donner du pouvoir d’action aux jeunes. 

« Ce que j’aime, c’est qu’on passe très vite de l’idée à l’action : ateliers, projets locaux, partenariats… On agit concrètement. » L’entreprise lui apprend la méthode, ses engagements associatifs lui donnent le goût d’agir : « Ce que j’applique chez L’Oréal, je le réutilise dans l’associatif pour être plus structurée, pour savoir communiquer. Ce que je fais en association, le fait que je puisse aller dans des espaces auxquels je n’aurais pas eu accès autrement, ça me donne encore plus la niaque de tenter des choses chez L’Oréal. » 

Edilène Gauthé appelle à dépasser le cloisonnement générationnel : « On travaille ensemble, mais on ne se parle pas assez. Il faut redonner une place à la parole, à la culture commune. » L’ingénieure est optimiste et pragmatique : « Les jeunes n’attendent plus les révolutions. Ils créent leurs propres outils pour changer les choses. » 

Une attente de transparence et d’engagement 

Ces trois trajectoires racontent une même histoire : celle d’une génération qui voit dans l’entreprise un laboratoire de transformation. L’étude OpinionWay 2050NOW La Maison le confirme : 75 % des jeunes estiment que les grandes entreprises doivent repenser leurs modèles économiques pour devenir durables. Mais ils ne se contentent pas d’attendre : 83 % réclament plus de transparence et veulent participer au processus de transformation. 

« Si le modèle économique d’une entreprise est contraire à la transition, aucune politique de communication ne suffira à convaincre », résume Malena Reali. Samuel Mamou observe que les jeunes qui rejoignent les start-up du spatial recherchent avant tout du sens : des projets concrets où la technologie devient un levier d’impact. Édilène Gauthé regrette, elle, que les jeunes soient parfois perçus comme inexpérimentés : selon elle, ils disposent au contraire des compétences et de la conscience nécessaires pour affronter les défis actuels – à condition de leur faire confiance et de leur donner les moyens d’agir. 

Vers de nouvelles passerelles entre générations 

D’ici 2030, quatre générations coexisteront dans les entreprises. Comment éviter les fractures et créer des passerelles ? Pour Malena Reali, l’intergénérationnel doit être intégré à la culture d’entreprise : « Chez ETYC, nous organisons des petits-déjeuners mentorat réunissant jeunes et dirigeants. C’est vivant, concret, et tout le monde en ressort enrichi. Ce ne sont pas des discours descendants, mais de vraies conversations. » 

Samuel Mamou confirme : « Il faut des espaces où les jeunes peuvent comprendre les contraintes des anciens, et où les anciens peuvent s’inspirer de la créativité des jeunes. » Quant à Edilène Gauthé, elle plaide pour plus d’échanges humains hors du cadre hiérarchique : « On parle souvent de transmission de compétences, mais on oublie la transmission de culture. J’aimerais qu’on puisse simplement discuter du monde, pas seulement des process. » 

NEXTGEN : relier, inspirer, transformer 

C’est précisément l’ambition de l’événement NEXTGEN, organisé par 2050NOW La Maison le 18 novembre 2025. Durant une journée, environ 300 jeunes et 50 dirigeants se réuniront pour imaginer ensemble les modèles des entreprises de demain, lors d’ateliers collaboratifs et de tables rondes. 

Une quinzaine d’ambassadeurs issus de grandes écoles porteront la voix de leur génération. Malena Reali y participera en tant qu’ambassadrice et animatrice de la plénière. Samuel Mamou, directeur de l’Alliance NewSpace France, et Édilène Gauthé, curatrice de Global Shapers Paris, seront également présents à NEXTGEN : « C’est une belle occasion de créer des ponts entre jeunes et dirigeants. Mais ce qui comptera, c’est l’après : ce qu’on fera concrètement des échanges et des idées. » 

La jeunesse ne se contente plus d’espérer le changement : elle le fabrique au cœur même des organisations. Pour les entreprises, le défi ne se limite plus à attirer ces talents, mais de leur offrir les moyens d’agir. L’étude 2050NOW La Maison le met en exergue : ces jeunes ne veulent pas seulement travailler pour des entreprises ; ils veulent travailler avec elles pour inventer les modèles du monde à venir.