72 % des grandes entreprises ont déjà déployé l’IA ou sont en cours de déploiement (contre 41% en 2024). En un an, l’intelligence artificielle a quitté le champ de l’expérimentation pour entrer dans celui de l’intégration. Mais derrière l’accélération technique, les entreprises sont-elles prêtes à faire évoluer leurs modèles économiques, organisationnels, leurs compétences et leur gouvernance ? Décryptage des principaux enseignements du baromètre Les Echos Études.
1. Un tournant historique : de l’intention au passage à l’échelle
L’édition 2025 du baromètre « IA en entreprise » marque un tournant net : l’IA n’est plus un sujet marginal ou prospectif, c’est une priorité stratégique opérationnelle. Toutes tailles d’entreprise confondues, 44 % des répondants déclarent avoir déjà déployé l’IA ou être en phase de déploiement.
Ce changement de paradigme est d’autant plus frappant que 91 % des décideurs interrogés utilisent aujourd’hui l’IA générative dans leur quotidien professionnel. Cette adoption massive, en un an à peine, traduit une bascule culturelle et fonctionnelle dans les pratiques de travail.
Le message est clair : les entreprises ont arrêté de tester. Elles commencent à transformer.
2. L’IA transforme les modèles économiques, mais les entreprises sont-elles prêtes ?
67 % des décideurs estiment que l’IA va transformer leur modèle économique dans les prochaines années dont 19% envisage une disruption totale. Mais cette conviction stratégique s’accompagne d’un paradoxe : 43 % des répondants ne se sentent pas suffisamment préparés à cette transformation.
En clair : les entreprises investissent dans l’IA, mais ne préparent pas toujours leurs équipes – ni leurs organisations – à cette transformation en cours.
Autrement dit, la majorité des entreprises anticipe une mutation rapide de leur business model sous l’effet de l’IA. Et pourtant, peu s’organisent vraiment pour la piloter. Outre l’aspect technologique et technique, il est essentiel d’accompagner et former les décideurs et managers à opérer cette transformation.
3. Une course qui s’intensifie : les investissements s’accélèrent
Près d’une entreprise sur deux prévoit d’accélérer ses investissements en IA dès cette année. Mais toutes ne partent pas du même point de départ, ni avec les mêmes moyens :
- 45 % jugent leurs investissements actuels suffisants
- 40 % les jugent insuffisants
- 2 % les estiment même “très insuffisants”
Cette hétérogénéité renforce les écarts de maturité, et creuse un fossé stratégique entre les entreprises prêtes à capitaliser sur l’IA… et celles qui risquent de prendre du retard.
Pour les directions stratégie, transformation, data et RH la question n’est donc plus « faut-il y aller ? », mais « comment ne pas rater ce virage ».
4. L’IA n’est pas qu’un sujet d’outil
Les entreprises interrogées ont majoritairement investi dans de nouveaux outils technologiques (58%). Mais seulement 54% et 43% d’entre elles ont mobilisé des moyens dans la formation ou l’accompagnement par des experts externes. Pourtant, les études (BCG, McKinsey, etc.) le montrent, la majorité des projets de transformation digitale échouent sans repenser les processus organisationnels, l’adhésion et la montée en compétences des collaborateurs.
Autrement dit, l’IA n’est pas un sujet purement technologique. C’est un enjeu d’organisation et de formation.
5. Gains attendus : rentabilité, efficacité, parts de marché
Pourquoi déployer l’IA ? Les entreprises interrogées sont claires :
- 48 % : pour gagner en rentabilité
- 24 % : pour gagner des parts de marché
- 19 % : pour survivre
- 9 % : pour réduire les risques
Les principaux bénéfices attendus sont liés à :
- L’amélioration de l’efficacité opérationnelle,
- L’optimisation des processus métiers,
- La création de nouveaux produits ou services,
- Le développement de l’innovation.
Pour cela, les entreprises identifient 3 usages principaux : plus d’une entreprise sur deux utilise l’IA pour la génération de contenu (76%), la recherche d’informations (68%) et l’automatisation des tâches répétitives (54%).
6. Les principaux freins et menaces identifiés
Malgré l’engouement, plusieurs obstacles freinent encore une adoption fluide de l’IA :
- Le flou stratégique sur les cas d’usage les plus pertinents
- Le manque de compétences internes
- L’adhésion des collaborateurs
- Les questions éthiques et déontologiques
L’étude met aussi en lumière les risques perçus :
- La fiabilité des données
- Les problèmes de confidentialité et de conformité réglementaire
- La perte d’expertise humaine
Autant de sujets qui doivent être anticipés à travers des chartes, une gouvernance claire, des formations ciblées… et un pilotage stratégique de l’adoption de l’IA.
Pour aller plus loin
Ce baromètre, menée par Les Echos Études auprès de 560 décideurs d’entreprise, confirme ce que beaucoup pressentaient : 2025 est l’année du décollage. La généralisation de l’IA n’est plus une promesse. Elle est une réalité opérationnelle. Mais si les entreprises ne mettent pas à jour leur culture, leurs pratiques managériales et leurs logiques de création de valeur, le potentiel de l’IA restera largement sous-exploité.
Si vous souhaitez en savoir plus, Sabrina Tiphaneaux, directrice adjointe des Echos Études, propose un décryptage des enseignements clés de cette étude lors d’un webinaire exclusif “IA en entreprise : ce qui pensent (vraiment) les décideurs”.
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Pour les DRH, les responsables transformation, les directions data et stratégie, le moment est venu de passer à l’action : anticiper les impacts, accompagner les équipes, piloter les trajectoires.